Après avoir pris l'eau en 2025 avec 40 000 spectateurs en moins, le festival Rock en Seine redresse la barre en 2026 avec 175 000 festivaliers sur 5 jours et un retour salutaire à une programmation Rock qui est l'ADN du festival francilien.
Pour cette édition 2026, les organisateurs ont changé de stratégie en sécurisant pour chaque journée une grosse tête d'affiche puis en composant autour une journée dans l'univers du Headliner. C'était flagrant en ce dernier dimanche avec la venue des mythiques The Cure. Sold out en 48h avec le seul nom annoncé de The Cure, un an avant l'évènement, les programmateurs ont tout de suite senti qu'ils avaient vu juste.
En invitant des groupes que Robert Smith apprécie, comme Slowdive (shoegaze) ou encore Mogwai (post rock) ou Interpol (post-punk), Rock en Seine a visé juste. Le concept étant vraiment de proposer au festivalier une journée dans l'univers de leur idole. Pour séduire la nouvelle génération notamment qui fonctionne à priori plus en gros concert solo qu'en expérience collective en festival...
The Cure fait partie des rares groupes intergénérationnels capables de séduire de 7 à 77 ans (comme consacré par la formule) à l'instar de AC/DC ou des Rolling Stones. C'est d'ailleurs fascinant de voir l'impact du groupe de Robert Smith sur la nouvelle génération (grâce au featuring dans des séries ou les réseaux sociaux comme Tik Tok...).
The Cure à Rock en Seine, c'était l'évènement que tout le monde attendait, la quasi totalité des heureux porteurs de billets étant venus pour eux, rien que pour eux ou presque. Le nombre de tee shirts de toutes époques, estampillés The Cure était impressionnant.
Pour couper court à tout suspense, oui le concert de The Cure était très bon, une prestation matrisée, intense mas remplie d'émotions, comme peu de groupes peuvent réussir à le faire devant autant de gens... Et c'est bien là le hic... Il y avait beaucoup trop de monde. Officiellement 40 000 personnes, comme vendredi pour Nick Cave, sauf que là la sensation était étouffante. Impossible d'accéder à la première partie de l'espace devant la grande scène 50 minutes avant. Ultra difficile dans ces conditions de trouver un spot pour bien voir (même voir quelque chose). Une foule ultra dense et compacte...
Franchement, il y avait beaucoup trop de monde. Ca dégrade forcément l'expérience et ce, encore une fois, malgré un très bon concert et un son excellent (le fameux système de diffusion de la grande scène de Rock en Seine).
Depuis le rachat de Rock en Seine par Mathieu Pigasse en 2017 et donc la sortie du giron indépendant (on rappelle que Combat la holding qui possède Rock en Seine s'est associée avec le mastodonte des concerts AEG, concurrent principal de Live Nation), le festival a changé. Tout est plus commercial, le prix des places s'est envolé, les accès VIP ont pullulé et la capacité maximum est passée de 33 000 à 40 000 personnes sans que le site de la grande scène ne puisse être agrandi...
33K à 40K, tout est dit... Sachant que les anciens propriétaires (François Missonnier, Christophe Davy et Salomon Hazot) avaient mis du temps à arriver à 33K... C'est tellement dommage que la quête de rentabilité se fasse au détriment de l'expérience des festivaliers... On avait déjà passé un coup de gueule en 2022 (voir le Live Report RES 2022) et là on ne peut que récidiver.
Et pourtant j'aime ce festival et j'y ai passé tellement de bons moments, j'en ai tellement de souvenirs mémorables... On me rétorquera que c'est le prix à payer pour voir The Cure, ou The Strokes à Rock en Seine... Oui mais au détriment de l'expérience des festivaliers?...
Après ce long préambule, revenons à cette musique qui nous fait tous vibrer et qui est l'essence même de ce blog. La setlist de The Cure à Rock en Seine était magistrale. Ca commence par le morceau d'ouverture du dernier album : Alone. Suffisamment solennel pour faire entrer le groupe en majesté avec un Robert Smith qui passe un long moment a venir saluer les spectateurs, comme pour les remercier d'être là. C'est émouvant dès le départ et ca lance le show... Que dire, que des classiques, Pictures of You, High, Lovesong, Burn (sur BO de la géniale compilation The Crow), Push, In between Days, Just like Heaven...
Toutes ces chansons sont intemporelles. Tout le monde connait les paroles et se souvient de l'époque où il les écoutait... C'est beau... On aura droit au rare Three Imaginary Boys, à l'antique Secrets (17 seconds), Play for Today et le spectral A Forest sur lequel la foule devient dingue (c'était le morceau des Curistes de l'époque et c'est devenu le morceau de la Gen Z... Fascinant...).
Une fin de set royale avec le sonique From the Edge of the Deep Green Sea et Endsong (dernière chanson du dernière album)... Set parfait... Magistral... J'aurai moins aimé le rappel avec les tubes mais le bonheur est là, malgré les conditions dégradées...
Le Dimanche avait très bien commencé avec le set de Arthur Fu Bandini sur la scène Axs. Revendicatif mais futé son mélange de rock, d'electro et de Reggae est authentique. Bertrand Belin, fan de The Cure, aura embelli le début d'après-midi. Ce fils de Bashung (pour les textes surréalistes) est aussi quelqu'un d'authentique et touchant. Comme les anglais de Slowdive, que j'adore (voir TOP Concerts 2024 ou 2014), leur shoegaze atmosphériques, vaporeux et soniques nous enrobent d'une douce ferveur.
Interpol, sur la grande scène, confirme son retour en forme et nos chouchous de Mogwai ont assuré, comme d'habitude sur la scène de la Cascade (oui je préfère l'ancien nom au nouveau sponsorisé). Au milieu de cela la jolie découverte de Anna Von Hausswolff avec son drone gothique et puissant qui ose le saxophone.
Samedi, la tête d'affiche étant les Deftones, la prog est centrée autour des guitares, plutôt acérées et dures. On retiendra les prestations des marseillais de Dynamite Shakers, dont le rock en français, sort du lot. C'est péchu et mélodique, ca emporte tout son sur passage avec une jolie reprise des Rita Mitsouko (c'est comme ça). Ensuite le hardcore de High Vis (pour High Visibility) et le punk d'Amyl and the Sniffers auront lancé la soirée en forme de Cannonball jusqu'au show magistral des Deftones.
Scénographie réussie, super son, la voix magnifique de puissance ou de retenue de Chino Moreno limpide et une setlist puissant dans toutes les époques. Les Deftones ont tenu leur rang de tête d'affiche et electrisé Rock en Seine.
La veille, le vendredi, c'était Nick Cave & The Bad Seeds qui avait la responsabilité de terminer cette journée, elle aussi sold out. Et ce fut la grand messe annoncée. J'adore Nick Cave et ce concert splendide, émouvant et puissant à la fois aura ravi la foule. Un vrai guru mais avec la bienveillance et la sincérité en étendard.
Juste avant, nos héraults chicagoens de Wilco auront ravi nos coeurs avec un set court (1h) mais assez intense pour brasser l'essence meme du groupe, ce mélange d'americana, de folk mélés à des séquences soniques monumentales (l'arty Art of Almost, le solo de Impossible Germany) voire bruitistes (Via Chiacgo). Magistral.
On avait été lancés sur la route par les bons concerts de Wet Leg et des Black Keys...
Une belle édition malgré tout.
A lire également, Rock en Seine 2025, 2024, 2023 et le coup de gueule 2022.
Aussi The Cure à Bercy 2022, Nick Cave à Bercy 2024 et à Rock en Seine 2022. Interpol au Zenith 2011 (attention billet dur). Wilco à la Cigale, Wet Leg à l'Olympia. Mogwai à la Route du Rock
Pour aller plus loin dans l'univers MRM le label Mind Riot Music, l'insta MRM, Moslyve sonic pop band




















