dimanche 2 mai 2021

Best Song Ever (épisode 113) : To bring you my love par P.J. Harvey


Polly Jean Harvey est un vrai phénomène! Dans un univers rock ultra machiste,  PJ Harvey a su démontrer et prouver au plus grand nombre que les femmes pouvaient elles aussi exprimer cette force animale et instinctive la plus profonde et la plus pure et qui est l'essence meme de cette musique!

Son ouevre est remarquable. Dès son premier essai, Dry, PJ se met à nue et et impressionne par la franchise, la simplicité et la force de son propos en version power trio ancestral. Après un second disque où le maitre du son brut fait encore des merveilles, Monsieur Steve Albini, PJ revient avec un 3ieme disque où le tempo se ralentit quelques peu. Polly Jean prends encore plus confiance en elle et explore de manière encore plus profonde ses sentiments...

Le titre introductif qui donne son nom à l'album, To bring you my love, est une remarquable démonstration de toute l'intensité de la jeune femme mais cette fois avec une retenue nouvelle dans une atmosphère à la fois inquiétante et chaleureuse. On lorgne indéniablement du coté du blues avec un riff bluesy, crade et ultra efficace. Répété en boucle tout au long des 5 minutes de la chanson, il agit telle une mantra pour nous placer dans un état de transe, préparant l'intervention du shaman, "né dans le désert".

La voix grave et assurée de PJ nous prend puissamment la main pour nous emporter dans son trip initiatique. Les notes d'orgue viennent apporter une éclaircie et une douceur bienvenue avant que les éclaires de guitares ne viennent éclairer le ciel pour lui rendre à la fois toute sa beauté et éclairer toute sa noirceur...

D'une beauté sombre irrésistible...

A lire également, PJ à l'Olympia en 2011 ou dans notre TOP Concerts 2016.



dimanche 25 avril 2021

Best Song Ever (épisode 112) : Cover me (slowly)/Agoraphobia par Deerhunter


On surfe toujours sur les cimes de l'excellence avec cet épisode 112 et cette fantastique introduction au 3ième album de Deerhunter, Microcastle.

Le début de ce disque séminal, commence par un double mouvement décomposé en 2 plages sur le disque : Cover me (slowly) et Agoraphobia, 2 séquences entrelacées qui forment un tout. Ca démarre de manière élégiaque comme dans un rêve sous acide sorti de la boite crânienne de Brian Wilson. Des choeurs à la Beach Boys sous hélium qui se transforment et s'évaporent sous la double lame de fond d'effets de flanger et d'une guitare saturée martelant son empreinte de manière puissante...

Et là, l'extase : la pop à guitares la plus pure prend le relais. Des arpèges cristallins et solaires sous une voix légère et grave à la fois. Après une centaine d'écoutes, j'ai toujours du mal à dire si c'est bien le guitariste Lockett Pundt qui chante ou si c'est le démiurge Bradford Cox chantant comme Lockett...  (en live c'est Coxon qui s'en charge...) C'est génial! Agoraphobia est peut etre la chanson pop à guitares ultime, quelle beauté, quel chemin stellaire emprunté, en quête d'évasion et de frissons! Et bien sur les envolées mélodiques de la seconde partie instrumentale entre psyché et pop indé font des ravages... Quelle pureté!

Deerhunter est certainement l'un des groupes les plus passionnants de ces 15 dernières années pour tout amateur de mélodies pop, de guitares avec plein de pédales d'effets surperposées (le shoegaze et le psychedelisme ne sont jamais loin). J'adore!!!!!

A lire également Deerhunter en concert et #1 de notre Top 2013.



dimanche 18 avril 2021

Best Song Ever (épisode 111) : De la neige en été par Diabologum


Attention Monument! Le 3ieme et dernier album de Diabologum, sobrement intitulé #3 reste une influence majeure de bons nombre de groupes (les Amain Armé par exemple, chers à nos coeurs en ces lignes). En vrais visionnaires Diabologum utilisait déjà le hashtag en 1996 ;-)... Tout est dit.. ou presque.

Ce disque est un ovni dans le paysage français. influencé par le hip-hop, les musiques électroniques, la chanson française et le rock indé dissonnant et dit alternatif (Slint et Sonic Youth en tête), il sonne frais et décalé, et c'est encore le cas 25 ans après, le sceau des grands...

Son titre d'ouverture, "De la neige en été" est tout bonnement phénoménal! Cette entrée en matière avec le spoken word de Michel Cloup est saisissant, ces quelques mots, "quand j'ai ouvert les yeux", à capella, et l'arrivée d'un coup de la musique du groupe pour la fin de la phrase, "le monde avait changé" reste la plus belle entrée en matière jamais enregistrée! C'est surprenant, bouleversant et totalement addictif.

Le son de batterie, brut et incendiaire rappèlerait presque les productions drum and bass de l'époque. Ca sonne tellement pertinent! Le jeu de batterie de Denis Degioanni apporte swing et assurance au morceau. Les guitares de Michel Cloup et Arnaud Michniak se répondent admirablement bien, entre mélodies et notes dissonantes. La basse De Richard Roman est plus en retrait sur ce morceau mais tient toute sa place sur le reste du disque...

Les paroles entre surréalisme et nature morte 1er degré sont la marque de fabrique des 2 moteurs de la locomotive Diabologum. Michel Cloup et Arnaud Michniak créent ensemble un disque étalon et tellement à part dans le barnum du rock français. Séparément, ils pondront par la suite quelques disques indispensables qui redonnent leurs lettres de noblesse à une écriture de chansons à guitares en français...

"on s'est trompé de A à Z mais personne n'a rien dit..."

Longtemps introuvable, #3 a été réédité en vinyle par l'indispensable label indé Ici d'ailleurs.

A lire également, Michel Cloup en Live



mardi 6 avril 2021

Best Song Ever (épisode 110) : Nosferatu Man par Slint


Attention culte! Slint, le quatuor de Louisville, auteur de seulement 2 albums à l'orée des années 90, a eu une profonde influence sur tout un pan du rock underground, déviant et dissonant des 3 décennies suivantes... 

Après un 1er opus, Tweez, bruitiste et expérimental enregistré par le maitre du son, M. Steve Albini, Slint part à Chicago pour enregistrer avec l'aide de Brian Paulson son chef d'œuvre : Spiderland. Slint produit une musique exigeante, inquiétante et hypnotique. De l'abime des profondeurs sur un tempo lent et une orchestration éthérée surgissent des uppercuts de rage et de fureur...

Avec Nosferatu Man, le quatuor nous fait flipper, nous bouscule et nous enivre tout autant... Les jolies arpèges mélodiques à la limite de la dissonance donneraient presque des aires de comptine enfantine à cette chanson parlant de prince et de reine... Mais le parlé-chanté de Brian McMahan nous met sur la voie... Son phrasé est inquiétant, bizarre... Puis les guitares reprennent le contrôle. Par des boucles acides et hypnotiques elles nous embarquent dans un voyage étrange, comme dans un bolide aux commandes duquel un étrange psychopathe semble nous narguer... la tension monte, la tension est à son comble... "there is nothing more to save..."...

Pionnier de ce que l'on nommera plusieurs années plus tard le post-rock mais également du slowcore, Slint engendrera, comme le Velvet Underground en son temps, la formation d'une multitude de groupes qui n'auront de cesse de chercher l'étincelle abrasive et unique tout à la fois contenue dans ce disque initiatique!

Le parcours singulier, post-Slint, des 4 musiciens mérite vraiment d'y prêter attention, notamment celui du guitariste, David Pajo qui sous le nom de Papa M ou Aerial M sortira plusieurs disques à la beauté étincelante, ou encore le batteur Britt Walford derrière les futs du 1er album des Breeders, Pod, là encore enregistré par Steve Albini!





dimanche 28 mars 2021

Best Song Ever (épisode 109) : White Riot par The Clash


On revient aux bons vieux classiques sur la route de la Best Song Ever avec ce monumental premier 45 tours de The Clash. White riot résume en moins de 2 mn l'esprit The Clash : l'urgence, le volontarisme, l'envie de faire bouger les lignes...

Absolument punk et abrasive, White Riot est un brulot incendiaire qui reprend les codes du punk, ca joue vite et fort, ca gueule, c'est agressif, le refrain est hurlé comme par des habitués d'un pub surbondé et rempli de bières... En un mot c'est jouissif! libérateur! indispensable sensation de lacher prise. La basse de Paul Simonon est certainement la partie la plus mélodique du morceau en un beau contrepoint. Les guitares de Mick Jones et Joe Strummer sont au diapason dans ce pur esprit Clash fait de percusivité et de guitares entremêlées un peu folles et déroutantes. Un must.

Ce 1er single figure sur le mythique LP éponyme du groupe, l'un des meilleurs disques de tous les temps et à minima le disque punk de référence que tout mélomane doit avoir dans sa collection, vinyle bien sur...

Comme souvent chez The Clash, les paroles ont un sens politique et engagé... Bien sûr, Joe Strummer ne dépeint pas son envie de lutte des races mais au contraire voudrait inciter les blancs, non sans humour, à eux aussi se rebeller contre l"injustice qui est l'affaire de tous et pas seulement des minorités.

A lire également en Best Song Ever : I fought the law par The Clash...



dimanche 21 mars 2021

Best Song Ever (épisode 108) : Home par Daughter


Voilà un groupe marquant de ces années 2010 pour tous ceux qui apprécient la pop raffinée qui transmet une émotion pure et sincère. Avec deux premiers EP magistraux, sorti comme il se doit en format 10-inch vinyle (format que j'adore), Daughter avait le petit monde de la pop à ses pieds.

Le 2nd EP, The Wild Youth, sorti en 2012, est tout bonnement parfait. 4 titres où les émotions variées vous prennent aux tripes. Elena Tonra insuffle un vrai frisson avec sa voix qui sonne si proche. Son mélange de candeur, de fragilité et d'assurance est désarmant. Elena a quelque chose de touchant et de profondément bienveillant. Son acolyte, Igor Aefeli, apporte sa science des arrangements et du son et le français Rémi Aguilella une vraie inventivité aux percussions pour sublimer les compositions d'Elena. La musique du trio sonne vraiment fraiche et moderne et fait un bien fou.

La chanson introductive de ce 2nd EP, Home, est une véritable démonstration de la force émotionnelle de Daughter. Une mélodie de basse feutrée, des synthés bizarres en arrière plan, une caisse claire tapée sur le rebord de metal et la voix suave et fragile d'Elena. L'entrée en matière est magistrale. Entre reverie et songe la chanson va osciller et lentement monter en puissance jusqu'à atteindre un crescendo presque bouleversant. 

Tout en retenue, Daughter nous prend par la main et nous emmène dans un voyage intime, fragile mais tellement réconfortant. Après ces 2 premiers EP parfaits, il était inévitablement difficile au trio de poursuivre sur la meme lancée et le 1er album aura un peu déçu car contenant de très bons moments et d'autres un peu moins interessants... Mais en live Daughter aura réussi à garder tout son charme : sa fraicheur, sa chaleur humaine et cette fragilité tellement belle...

On pourra trouver quelques accointances et les memes envies avec Moslyve qui enregistra ses premiers albums avec Nicolas Leroux en 2011 (Slave to modern age et Nothing to lose revisited).

A lire également Daughter au Café de la Danse et dans nos best-of.



dimanche 14 mars 2021

Best Song Ever (épisode 107) : 505 par Arctic Monkeys


Un autre groupe important de ces 15 dernières années : le quintette de Sheffield, les Arctic Monkeys! premier groupe a voir sa popularité exploser grâce à feu MySpace (qui se souvient encore du premier réseau social musical qui fit office de révolution entre 2004 et 2008... et du 1er ami de tout le monde : Tom...?). 

Signés par Domino Records, les monkeys affoleront les compteurs dès 2005 et la sortie de quelques singles. La sortie de leur 1er opus en janvier 2006 fit sensation en devenant le debut album avec le meilleur démarrage de tous les temps en Angleterre, pourtant toujours prompte à propulser de nouvelles idoles.

Parfait disque de power pop à la sauce punk, ce premier essai propulse ces 5 jeunes loups (ils ont à peine 20 ans) à la tete de la relève du rock à guitares mondial! Si leur second LP, sorti l'année suivante semble plus policé, il est en fait un album de transition et son titre final, 505, voit le groupe insuffler une brise plus expérimentale et contemplative sur son travail qui annonce les 2 superbes albums suivants dont leur chef d'oeuvre : Suck it and See.

Démarrage surprenant dans l'univers Arctic Monkeys avec ce son de synthé lancinant et planant. La voix d'Alex Turner, reconnaissable entre mille, un mélange de décontraction et de tension hypnotise tandis que les accords de guitares trainants donnent toute la profondeur crépusculaire au morceau. La montée en puissance progressive de la batterie induit une dynamique du plus bel effet, jusqu'à l'explosion fiévreuse de la seconde partie où l'on retrouve les Monkeys que l'on connait, plein d'une énergie folle mais cette fois plus profonde.

Les Arctic Monkeys commencent à explorer une face plus sombre de leur psyché et c'est avec l'aide du maitre en la matière, Josh Homme, qu'il mettront en boite la suite de l'histoire dans le désert californien...

A lire également : Les Arctic Monkeys à la Cigale en 2011 ou à Fourvière la meme année.



dimanche 7 mars 2021

Best Song Ever (épisode 106) : The Wrong Way par TV on the Radio


Un autre ovni datant de 2004 et extrait du 1er album séminal du groupe de Brooklyn TV on the Radio. Groupe formé autour du multi instrumentiste et futur producteur recherché David Sitek, TV on the Radio apporte un souffle nouveau avec leur maelstrom improbable entre punk, jazz cuivré, basse sous influence electro et des harmonies vocales réussies et surprenantes avec un doublage souvent en voix de tete par le guitariste, Kyp Malone, de la voix soul et suave de Tunde Adebimpe.

Cette intro de saxo, trompette avec cette basse métronomique bourrée de distorsion interpelle. Elle lance d'une main de maitre ce 1er album détonnant au nom déstabilisant "Desperate youth, blood thirsty babes". Les voix de Tunde et Kyp nous prennent par la main pour nous entrainer dans cette cavalcade singulière et frénétique. Les mots sont forts et parlent de la condition noire dans notre société moderne. Ca ne rigole pas mais une pointe d'espoir éclaire sa conclusion "your guns are pointed the wrong way"...

Groupe totalement iconoclaste et bénéficiant du talent de metteur en son de David Sitek qui réussit à donner une vrai cohérence et un équilibre subtile à l'ensemble. Il produit un disque au son ultra moderne et qui n'a pas pris une ride. C'est dommage que la préciosité et la sophistication des enregistrements n'ait jamais été vraiment rendu en live par le groupe. En privilégiant une approche organique, presque punk, TV on the Radio donnait souvent l'impression en live de rendre un brouillon imparfait en ne réussissant que rarement à recréer la subtilité de leur alchimie qui les rendait si précieux sur disque...



vendredi 26 février 2021

Best Song Ever (épisode 105) : House of Jealous Lovers par The Rapture


Autre hymne du début du siècle produit par the DFA, le merveilleux hit de The Rapture : House of Jealous Lovers ! Après Radio 4 et les premiers singles emblématiques du groupe de James Murphy (le fabuleux Losing my Edge de LCD Soundsystem notamment), le duo hype du moment, alias DFA, va apporter sa touche electro-clash au groupe new-yorkais.

Après avoir affolé la toile et les réseaux peer to peer naissants (Kasa ou e-mule en tete), The Rapture compose la chanson imparable de rock sutvitaminé, qui dans les mains de James Murphy et Tim Goldsworthy va devenir un ovni dancefloor imparable.

Dès l'intro, le ton est donné : basse hyper groovy, simple et à la limite de l'infra basse, cowbell typique de la James Murphy touch et cette guitare post punk so late 70's. La voix éraillée et sans retenue de Luke Jenner apporte une émotion folle et vibrante. Sorte d'Elvis en train de se faire égorger...

Le dancefloor nous appelle : impossible de ne pas sautiller et de se dandiner, en hésitant entre un pogo et une danse chaloupée et disco! 

Malheureusement, le reste de la discographie du groupe, bien qu'intéressante, ne répondra pas aux promesses de ce single presque parfait! L'intention dancefloor punk rock ne sera qu'imparfaitement reproduite...



vendredi 19 février 2021

Best Song Ever (épisode 104) : Me and Giuliani down by the school yard (a true story) by !!!


Après Radio 4, un autre brûlot anti-restrictions avec cet ovni lancé par les trublions de !!!. Un nom de groupe improbable prononcé chk chk chk. L'une des premières signatures Cross-Over du mythique label electro IDM de Sheffiield, Warp Records, en 2004 (suivront notamment Maximo Park, Gravenhurst ou encore Grizzly Bear) qui doivent diversifier le label et essayer d'être à la hauteur des cultes Boards of Canada, Autechre, Aphex Twin, LFO... 

Mission bien évidemment impossible mais les !!! apporteront un vrai vent de fraicheur et surtout de folie avec leur mélange  survitaminé de rock, electro minimaliste et funk. Et quelle énorme baffe en live, rappelant les délires des Happy Mondays de la grande époque : Jubilatoire!

Sur ce titre, extrait de leur 1er album chez Warp, Louden up now (tout un programme...), le gang originaire de Sacramento s'en prend ouvertement au maire de New-York qui a banni la danse des bars de la pomme, en lui conseillant de se laisser aller et de se perdre dans la musique et la laisser prendre contrôle de son corps...

Encore une fois, que ce titre est d'actualité. En ces temps de disette sociale et de contacts humains limités, le fait de se perdre dans la musique, live notamment ou sur les dancefloors nous manque cruellement. On voit là tout le besoin vital que le fait de danser et de se laisser aller au son de la musique représente. c'est tribal, instinctif, nécessaire! On peut encore le faire dans son salon, heureusement, mais sans la magie de l'interprétation live ou les basses d'un soundsystem dans la gueule, et avec les réprimandes des voisins...

Une chanson labyrinthique, dans laquelle le groupe semble vouloir nous perdre, pour mieux nous désorienter et nous faire lacher prise... Crescendos, effets sonores, changements de rythme, pont puissant et cathartique, tout est fait pour nous emporter, nous mettre en transe et susciter en nous une envie de recommencer!

Brillance en clair obscur, celui du levée du soleil sur une piste de danse...



dimanche 7 février 2021

Best Song Ever (épisode 103) : Dance to the Underground par Radio 4


Au début du nouveau millénaire, le maire de New-York, Rudolph Giuliani, devenu par la suite conseiller de Trump, avait décidé de "nettoyer" la ville. En interdisant de danser dans les bars en réactivant une loi oubliée du temps de la prohibition et non abrogée, Giuliani avait failli tuer la vie sociale au coeur meme des lieux d'effervescence et de convivialité que sont les bars... Quelle ironie du sort de penser qu'il y a des similitudes avec ce monde covidé que nous connaissons avec la fermeture des bars, des restos, des lieux de culture depuis plus de 3 mois maintenant...

Avec Dance to the Underground, Radio 4 sonnait la révolte, ou tout du moins la résistance à l'oppression avec une formule en forme de pied de nez : puisqu'on n'a plus le droit de danser dans les bars, on va danser jusqu'au métro!!! 

Sorti en 2002 ce single dévastateur annonçait une second album, "Gotham", rempli de dance punk furibard et enthousiasmant. Produit par la team DFA, James Murphy et Tim Goldworthy, mélangent allègrement les compos punk sous influence Clash  de Radio 4 et les dernières poussées electro en vigueur à l'époque pour créer cet electro clash que DFA va aider à répandre sur la planète avec les disques de The Rapture ou LCD Soundsystem.

L'intro avec cette basse dansante fait mouche, les synthés vintage en harmonie et puis cette guitare post punk acérée et percutante! Ca part fort! Le chant nonchalant et tendu apporte la touche organique vitale! On se prend au jeu et on ne peut résister à ce désir de danser comme un dératé, en marchant bien sur, direction le tromé pour entamer la nuit et s'y bruler les ailes jusqu'à plus soif!

A lire également les années 2000 : la décennie du cross-over.



jeudi 28 janvier 2021

Best Song Ever (épisode 102) : The Valley of Death par The Warlocks


The Warlocks, voilà un groupe de vrais passionnés, investis d'une mission divine,: évangéliser les foules, parsemées, au rock psychédélique tendance drone le plus cramé et le plus sombre possible... 

En choisissant le tout premier nom du groupe qui allait se faire finalement appelé le Velvet Underground, Bobby Hecksher, fondateur et seul membre permanent du combo, avait tout de suite posé le décor. The Warlocks ne seraient écoutés que par une poignée de personnes dévouées et à jamais ensorcelées...

Ancien membre du Brian Jonestown Massacre, Hecksher aura la meme démarche qu'Anton Newcombe en consacrant sa vie à sa musique sans trop rechercher une véritable consécration commerciale. Après un troisième album, Surgery, rempli de pop songs spatiales et réveuses (Just like Surgery, Come Save Us) qui aura permis au groupe de parcourir la planète pour le défendre, The Warlocks sortent en 2007 Heavy Deavy Skull Lover :  tout un programme...

La chanson introductive, The Valley of Death, pose les bases... les mélodies rêveuses sont enterrées vivantes. L'ambiance est inquiétante, chaude, infernale... On est emporté dans un voyage dans la chaleur du désert. On suffoque, on succombe... Et on est heureux de le faire. 

Envoutés, portés, on se laisse aller. Une sorte de fascination exaltante nous emporte... La chaleur de la distorsion nous enveloppe et nous rassure. Comme dans un cocon, on se blottit à l'intérieur de cette musique élégiaque dont une beauté indicible émane... Prodigieux!



dimanche 24 janvier 2021

Best Song Ever (épisode 101) : Superstition par The Kills

Le retour à l'état brut, à la source originelle primaire, à l'état d'urgence salutaire, qui de mieux que les Kills, après les White Stripes pour l'incarner? Là ou les faux frères et soeurs de Detroit puisaient dans le linceul du blues et du garage, le duo anglo-américain laisse exprimer cette pureté ancestrale à travers leur relation électrifiée, hautement sensuelle, voire sexuelle.

Duo à la vie à la mort, brulant d'une passion commune toute récente, The Kills incarnent cette force sexuelle et dérangeante que le Rock a véhiculé dès ses débuts grâce aux Elvis, Litttle Richard, Jerry Lee Lewis and consorts. Sur scène, dès leur premier concert en France à la Boule Noire début 2003, cette force évocatrice, sulfureuse et fascinante était là.

Minimaliste et dépouillée, la musique de The Kills vous harponne d'entrée de jeu. En guise d'introduction à leur premier LP, Superstition dit tout de leur quête. Une boite à rythme (qu'ils appellent Little Bastard, le 3ieme membre du groupe) famélique en guise d'intro, des accords de quinte balancés en syncopes, avec un son énorme et ultra crade, une voix féminine envoutante, claire, chaleureuse et tellement évocatrice! 

Ambiance inquiétante, son rèche, la moiteur des salles obscures et enfumées est là. La tension sexuelle s'aiguise et tend autant les corps que les esprits... L'essence meme du Rock ! Jouissif!

A écouter en vinyle bien sûr!!!




mercredi 20 janvier 2021

Best Song Ever (épisode 100) : You get what you give par The New Radicals

Pile poile dans l'actualité avec la cérémonie d'investiture de Joe Biden pour laquelle vont se reformer les New Radicals à la demande de l'entourage du nouveau Président des Etats-Unis. Improbable et incongrue cette reformation qui nous rappelle à tous cette chanson oubliée datant de la toute fin du siècle dernier.

Avec "You get what you give", les One hit wonder californiens ont fait danser la planète en 1999. Chanson euphorisante et jubilatoire, You get file une pêche d'enfer et donne envie de tout casser, dans la joie et la bonne humeur. Le message est simple et universel "don't let give up, you've got a reason to live".

Très bien ficelée, cette song au piano d'obédience acid-house, mélangeant ambiance baggy, déjà rétro à l'époque (on est en pleine age d'or de l'electro sauce techno/house) et assauts de guitares grinçantes, possède une mélodie vocale imparable qui donne presque des frissons sur ses envolées en voix de tête.

"You got the music in you, don't let go". Ces mots ont résonné dans la famille Biden en devenant une sorte d'hymne durant la lutte du fils de Joe Biden contre le cancer. Et c'est tout un symbole que de demander au groupe ayant produit un unique album de se reformer, 22 ans après, pour re-chanter cette chanson, une fois encore, le jour où l'Amérique veut tourner la page de 4 années difficiles et offensantes sous la présidence Trump.

Un vrai message d'espoir et de résilience que seule la musique peut incarner dans toute sa force évocatrice!



samedi 16 janvier 2021

Best Song Ever (épisode 99) : Goodbye par The Coral

 


Dans la mouvance retour du Rock au début du siècle, les 5 musiciens de The Coral, originaires de la Merseyside, sont probablement les plus sous estimés de ces 20 dernières années. Leur premier album éponyme, sorti en 2002 sur Deltasonic, est unique, fou et transmet une énergie joyeuse et communicative incroyable!

Le second single extrait de ce debut LP, Goodbye, est totalement représentatif du style et des aspirations du quintette anglais à l'orée de leur carrière. Goodbye commence presque power pop avec un riff enthousiasmant, avant que le couplet ne montre le talent pop du groupe avec mélodie vocale impeccable et arpèges de guitares combinés de toute beauté (smithienne...). Le refrain, avec ses harmonies vocales de pub à la Beach Boys fait mouche...

Et que dire de ce pont surprenant et lunaire! Toute la folie du groupe est là, d'abord tapissée dans l'ombre elle surgit par surprise pour faire vibrer nos âmes. Ca part en une sorte de mouvement Ska Metal finissant presque psyché floydien avant une apaisement relatif en apesanteur et ce décompte à la "A Day in the Life" des Beatles... On touche la perfection!

Certains pisse-dru prétendront que le diamant est brut et mérite polissage. Que nenni, ce grain de folie présent sur l'ensemble de ce 1er album magnifique lui donne sa saveur si particulière. Comme bon nombre de groupes, malheureusement, The Coral perdra progressivement ce coté imprévisible en devenant... plus professionnel... L'urgence, tellement essentielle (pour reprendre un mot à la mode) de ces premiers albums fait avec ses tripes et sans pression, beaucoup de groupes de l'époque la perdront dès l'album suivant, la retrouvant par intermittence dans le meilleur des cas (The Strokes, Interpol, The Libertines, The Vines, The Kills...).

A lire également : Années 2000 : le Retour du Rock



samedi 9 janvier 2021

Best Song Ever (épisode 98) : Little Room par The White Stripes


Avec les Strokes, les White Stripes ont été les autres grands artisans du retour du Rock en 2001! Meg et Jack White, fausse fratrie (les 2 acolytes ayant en fait été mariés dans les années 90) ont réactivé l'idée d'un rock originel brut de fonderie, sans artifice et avant tout physique.

Et avec ce Little Room, extrait de leur 3ième opus, White Blood Cells, le duo présente l'essence même de leur musique. Une batterie jouée uniquement au pied sur la grosse caisse et le charleston et uniquement la voix de Jack White. Pas de guitare, pas de chichis, rien de plus qu'une batterie réduit à sa plus basique expression et une voix, rauque, remplie d'émotion mais tout de même mélodique.

Le concept White Stripes résumé en 50 secondes : revenir à l'essentiel, enlever le plus de choses possibles pour se rapprocher du coeur du réacteur, pour toucher à la force pure, directe, à une intention primaire la plus authentique! Revenir à la source du Rock et du Blues en fait! Aller chercher au plus profond de soi cette énergie vitale et la communiquer de la manière la plus directe possible. C'est exactement ce que l'on chercher à faire avec Amain Armé et que l'on a tenté d'enregistrer avec le maitre du son Steve Albini...

Dans la foulée du duo, suivront bon nombre de groupes tentant d'exprimer cette énergie rock primaire et originelle : The Kills, The Black Keys... etc...

Les paroles de Little Room parlent de ce qui attend tout groupe qui commence à avoir du succès et qui se voit passer de son petit local de repet aux salles des bars, puis des clubs et de salles plus grandes. La perdition est proche et le souvenir du l'intention originelle est le seul aiguillon à conserver pour éviter le naufrage... Les affres du Music Biz en soi...



mardi 5 janvier 2021

Best Song Ever (épisode 97) : Up the Bracket par the Libertines


On continue avec l'année 2002, celle de la confirmation du retour du Rock après l'uppercut du 1er album des Strokes et du 3ième LP des White Stripes! La perfide Albion se devait de répliquer à la percée US et ce sont 2 gamins de Londres, Pete Doherty et Carl Barat, qui vont balancer la réplique.

Dandys destroy, nonchalants, arrogants juste comme il faut, la pépite Libertines est vite repérée par le légendaire Alan McGee, le boss de feu Creation, label vénéré plus que tous en ces lignes, qui hébergea tous les groupes indispensables anglais de 85 à 2000 (Jesus and Mary Chain, My Bloody Valentine, Ride, Primal Scream, Slowdive, Oasis... etc) qui devient le manager du groupe. Et qui de mieux pour produire ce 1er album que l'ancien Clash Mick Jones! Les planètes s'alignent...

La chanson éponyme de ce 1er LP démarre par un cris de chat égorgé qui surprend et qui met tout de suite les choses aux points, les Libertines ne sont pas là pour brosser dans le sens du poil. Le déferlement de guitares punk qui s'en suit vous fait vriller le sang d'un coup et vous donne envie de pogoter sur l'instant. La mélodie vocale, signée Doherty, vient prouver que les 4 lads savent aussi habiller leur brulots de mélodies addictives. 

Les paroles semblent raconter l'histoire du groupe entre insouciance, danger, fuck'em et préciosité punk... Un tour de force incendiaire qui, presque 20 ans après, n'a pas perdu de son énergie communicative et emballante! Le monde est aux courageux!




samedi 2 janvier 2021

Best Song Ever (épisode 96) : Obstacle 1 par Interpol


En sortant en 2002, "Turn on the bright lights", les new-yorkais d'Interpol contribuèrent, avec les Strokes, à remettre le rock et NYC au 1er plan. Si les Strokes ressuscitaient l'esprit du CBGB (Ramones, Patti Smith, Blondie), Interpol puisait plutôt son inspiration de l'autre coté de l'Atlantique du coté de la perfide albion, post punk et cold wave bille en tête mais en insufflant cet esprit rebel, sombre et dangereux du New-York des années 80.

Obstacle 1, tout un symbole en ce mois de janvier 2021... Obstacle numéro 1 franchit, what's next... Cette chanson résume parfaitement l'esprit de ce 1er disque et des fondations du collectif. Ca débute en douceur avec une guitare rythmique hypnotique et réverbérée, véritable rampe de lancement pour un riff de guitare addictif, une basse ronde et groovy et une batterie métronomique. Puis vient la voix de Paul Banks, rauque, d'abord enjôleuse puis très vite menaçante... "She can read, she's bad"... Cette histoire d'amour impossible, il 'exprime avec sincérité, tendresse, détresse et rage. Tout en tension et en retournement d'ambiances (alternances mid temp/:up tempo), la partition musicale des 4 compères est au diapason. On est pris à la gorge, pris aux trippes, on n'est embarqué dans une folle course en taxi jaune dont on ne sait si on s'en sortira vivant...

Je me souviens d'un concert grandiose à l'Elysee Montmartre en mars 2003, où tout l'intensité de ce disque était admirablement communiquée sur scène. Vivifiant, salvateur et tellement beau... Malheureusement, le groupe ne retrouvera ensuite jamais l'intensité de leurs débuts...

Ce 1er album du quatuor est leur chef d'oeuvre. Comment survivre à telle prouesse initiatique? Le groupe ne s'en remettra jamais, si ce n'est par inadvertance avec leur 3ieme LP sortit en 2007, "Our Love to Admire" qui s'approchera des sommets de "Turn on the bright lights". Le reste de leur discographie ne sera que veine tentative de retrouver la flamme initiale...



jeudi 31 décembre 2020

Best of 2020 : le classement MRM des 8 meilleurs concerts


Un classement des meilleurs concerts en 2020? Mais sur quelle planète vit-il?..

Les 8 concerts auxquels j'ai pu assister cette année étaient excellents (dont 7 entre fin janvier et début mars ce qui laissait augurer d'une excellente année...) et méritaient qu'on leur rende hommage. Et puis c'est aussi un acte de résistance, (à une très faible échelle ok ;-) ) et une belle leçon : profiter de tous les instants, on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve...

Sunn O))) trône au dessus de la masse. Majestueux, mystiques et envoutants, ils nous font vivre une expérience sonore intense et presque spirituelle. 

Dans une même veine élégiaque, les français d'Alcest nous attirent dans leur monde à la fois brutal, mélodique et aux accents lyriques. Une beauté cachée de la scène metal.

Seul concert post 1er confinement, le solo piano de Brad Mehldau à la Philharmonie a été une bouffée d'oxygène, certes éphémère, mais tellement indispensable!

Le benjamin des Gallagher, Liam, reste éternel. Avec le support de Bonehead, Liam a enflammé un Zenith tout acquis à sa cause en puisant autant dans un répertoire solo de qualité que dans la discographie riche et intemporelle d'Oasis.

Les jeunes parisiens d'En Attendant Ana n'auront, malheureusement pas eu beaucoup l'occasion de défendre leur très beau second album sur scène mais cette date inaugurale, chez eux, à Paris, était d'une sincérité touchante.

Le maitre anglais d'un blues rock moderne lorgnant une electro dark et down tempo, King Krule, a exposé toute sa grâce à l'Olympia.

Les vétérans du shoegaze, Ride, ont sorti l'année dernière un très bon disque de pop à guitares qu'ils sont venus brillamment défendre au Trianon.

Le Parrain de la scène pop française, le grand Etienne Daho, a eu la bonne idée de revisiter sur scène son album electro jungle de 96, Eden, plutôt incompris à l'époque. Une belle revanche et une retour en grâce salutaire...

MRM TOP 8 Concerts 2020.

1. Sunn O))) à la Gaité Lyrique (31/1/20)

2. Brad Mehldau à la Philharmonie (20/9/20)

3. Liam Gallagher au Zénith (21/2/20)

4. Alcest à la Machine du Moulin Rouge (7/3/20)

5. En attendant Ana à la Boule Noire (1/2/20)

6. King Krule à l'Olympia (4/3/20)

7. Ride au Trianon (13/2/20)

8. Etienne Daho à l'Olympia (25/1/20)

mardi 29 décembre 2020

Best Song Ever (épisode 95) : As Happy as Possible par Les Thugs

 Le temps de réactiver l'impossible saga Best Song Ever est venu. 6 ans après la fin de l'aventure à son épisode 94, l'annus horribilis que nous venons de vivre qui a voulu sonner l'arret de nos désirs, de nos interactions, de nos découvertes, a fait réapparaitre l'envie de reprendre cette quête d'absolu. Un désir ardent de partager, d'écrire et de recentrer le débat sur les choses essentielles en ces temps de privation...

Et quel meilleur retour en grâce qu'avec ce monument d'un groupe légendaire, Les Thugs et cette maxime qui pourrait bien devenir la philosophie de nos vies contraintes :"As happy as possible". Premier et seul groupe français à avoir signé sur  Sub Pop, le mythique label de Seattle, avant meme qu'il ne devienne mythique. Avant l'explosion du grunge, Les Thugs d'Angers sont repérés par les boss du label américain lors d'un festival à Berlin fin 1988 (festival organisé pour les professionnels). Jonathan Poneman et Bruce Pavitt, tombent instantanément amoureux du groupe. Ils sont fracassés par la puissance et l'impact du mur de guitares qu'ils prennent dans la gueule ce soir là et happés par les mélodies envoutantes des compos.

Les Thugs signent sur Sub Pop et y sortiront "Still Angry, still Hungry" puis "As Happy as Possible" en 93 (alors que l'album entre les deux, IABF, sortira sur le label de Jello Biafra, Alternative Tentacles). La quintessence des Thugs réside dans ce titre. D'abord pour l'état d'esprit, malgré l'injustice et la dureté du monde extérieur, on tente d'en tirer le meilleur, ensemble, avec lucidité et voulant toujours aller de l'avant. Une sorte de résistance. en soi. 

L'univers musical est au diapason. Les guitares rentrent en scène de manière successive, la mélodie est reprise en choeur par les guitares et la basse, la batterie enrobe le tout. La voix d'Eric Sourice se conçoit comme un instrument supplémentaire, les backing vocals de Christophe Sourice font penser aux Beach Boys et apportent une bouffée d'oxygène pop au milieu du déluge sonique.

Un must pour un groupe à la carrière exemplaire! L'un des tous meilleurs qui ait évolué sur notre territoire! Une fierté française...


vendredi 18 décembre 2020

Best of 2020 : le classement MRM des 10 meilleurs albums

 


Une belle année de merde, c'est ce que l'on pense tous! Cette année,  je peux dire sans souci que la musique m'a sauvé! Comme elle a du le faire pour tous les passionnés de sa pleine singularité. Vitale, essentielle, primordiale, la musique est le remède aux troubles de l'âme. Cette substance sonore est un antidote, une potion, une source de vie. Sans elle, cette année aurait été impossible...

Privés de concerts et de ce partage émotionnel tellement intense et indispensable, les disques auront été le réconfort, la bouée de sauvetage et l'aiguillon de notre année troublée, déstabilisante et harassante. Et la seconde partie de 2020 aura été passionnante en terme de sorties de disques. Beaucoup de découvertes, de jeunes pousses sortant des premiers albums passionnants qui nous redonnent foi en l'avenir et nous donnent envie de vivre la suite des évènements avec impatience. Clairement pas une sinecure en ces temps où l'on a la sensation de se retrouver dans la peau de Bill Murray dans le film "Un jour sans fin" où il revit inlassablement la meme journée, celle de la Marmotte...

Au sommet de notre classement 2020, règne un groupe de lads anglais originaires de la région de Manchester : Working Men's Club. Ou devrait-on plutot dire le groupe du talentueux Sydney Minsky-Sargeant, 19 ans, qui aura enregistré ce 1er album éponyme quasiment seul avec l'aide du producteur Ross Orton, après avoir viré le reste du groupe et réembauché du nouveau personnel après le mixage. On tient là un personnage hors norme à suivre de près. Working Men's Club serait l'enfant terrible de Joy Division et des icônes de Madchester, soit la fusion ultime entre le post-punk et l'acid-house... Un rêve devenu réalité... Avec ces paroles "The Lukiest Man alive, one day he will die", tout est dit! Ou encore, comment résumer notre année avec cette phrase ouvrant l'album:"Stuck inside a town inside my mind". Un grand disque de Dance et de lacher prise qui fait un bien fou : jouissif et libérateur, on en redemande...

Avec Stillness, Laetitia Sheriff livre un album à coeur ouvert, à la fois réconfortant, spontané et vengeur. Avec une mise en son tout à fait remarquable signée Thomas Poli, Stillness fascine par la richesse des émotions suscitées et des univers voyagés par l'intermédiaire de ce grand disque! Entre Sunn O))) (l'intro phénoménale de Sign of Shirking), Cat Power (Pamper Yourself) et Radiohead (les fabuleux arrangements de People Rise Up ou l'on croirait entendre les ondes Martenot chères à Johnny Greenwood), on est transporté du début à la fin vers des rivages diverses, chaleureux et authentiques... Les nombreuses perles de ce disque sont un ravissement et on ne se lassera jamais d'écouter "Go to big sur", envoutante et sublime!

En troisième position, l'éternel Thurston Moore continue son chemin tout en réussissant à nous étonner encore avec des morceaux expérimentaux où il tente encore de se mettre en danger. Une belle source d'inspiration.

En retrouvant Terry Date le producteur de leurs grandes heures (White Pony) les Deftones semblent avoir retrouvé leurs forces, celles de marier avec brio mélodies, percussions metal et rage frondeuse. Un shoot d'adrenaline indispensable.

Peter Milton Walsh retrouve la foi et sort un album traditionnel de The Apartments, après le poignant opus de 2015, où la mélancolie et la sincérité des émotions émeut toujours autant. LANE, avec son 2nd disque nous fait un plaisir fou : retrouver les guitares aiguisées et mélodiques des nineties tout en sonnant d'aujourd'hui. Dans la même veine, la très jeune Beabadoobee (20 ans) nous montre que la pop à guitares n'est pas morte et qu'une jeune génération arrive pour nous le rappeler : un vrai bonheur! Toutes guitares hurlantes, les canadiens de Metz nous rappellent à leur bons souvenirs en essayant d'adoucir un peu leurs propos, toute proportion gardée pour ce combo punkrock bruitiste ;-)

Le jeune quintette francilien, En attendant Ana, avait dejà eu les faveurs de notre Top 10 avec leur debut LP. Avec Juillet, les protégés du label de Chicago, Trouble in Mind, enfoncent le clou pop ligne claire et livrent un disque pop indé indispensable!

La colombienne Ela Minus nous prend par surprise avec un disque de techno pop mid tempo addictif.

Enfin, pour terminer, une autre jeune pousse, en la personne de la canadienne Helena Deland qui délivre un disque de pop soyeuse, tendre et reconfortante.

Au final, une année musicale pleine de renouveau qui ne peut que nous redonner foi en l'avenir, au moins musical, et après cette anus horribilis c'est tout de meme un bel exploit! L'espoir fait vivre et la musique nous aide à survivre...


MRM TOP 10 ALBUMS 2020

1. Working Men's Club : Working Men's Club (Heavenly)

2. Laetitia Sheriff : Stillness (Yotanka)

3. Thurston Moore : By the Fire (Cargo)

4. Deftones : Ohms (Reprise)

5. The Apartments: In and Out of the Light (Talitres)

6. Lane : Pictures of a Century (Vicious Circle)

7. En attendant Ana : Juillet (Trouble in Mind)

8. Ela Minus : Acts of Rebellion (Domino)

9. Metz : Atlas Vending (Sub Pop)

10. Beabadoobee : Fake it Flowers (Dirty Hit)

10. Helena Deland : Someone New (Luminelle)


Pas loin du Top 10 : Gorillaz, Kruder & Dorfeismter, Romain Humeau, EoB, Fontaines DC...


MRM Top Songs 2020

Lane : Pictures of a Century

Laetitia Sheriff : Go to big sur

Working Men's Club : Valleys

Helena Deland : Confort, Edge

Ela Minus : They told us it was hard but they were wrong

A lire les Best-of précédents ICI.

mardi 20 octobre 2020

Brad Mehldau à la Philharmonie de Paris (20/9/20)


C'était il y a un mois déjà, c'était une renaissance, c'était une délivrance, c'était le 1er concert auquel j'assistais depuis celui d'Alcest le 7 mars, 8 jours avant le report du concert d'Eiffel, quelques jours avant... 

Brad Mehldau en solo piano dans ce parfait écrin acoustique de la Philharmonie de Paris, piochant dans le fabuleux répertoire des Beatles, quoi de plus remarquable pour retrouver le gout, l'odeur, les sensations d'un concert après 6 mois d'abstinence forcée, de renoncement subi, de petite mort surnoise... 

Cette heure et demie, en présence d'un artiste aussi heureux de jouer que le public de l'écouter, fut une bénédiction. Quel plaisir de retrouver ces sensations, ces émotions collectives, cet échange d'energie entre un musicien et son public, que seul un concert peut procurer. Quelle renaissance, quelle joie de se retrouver, quelle incroyable sensation oubliée que de tout simplement frapper dans ses mains, de toutes ses forces, à en sentir vibrer tout son corps et tout son etre... Une cure de jouvence, une ode à la vie, une ode à la poésie!!!

D'entrée de jeu Brad Mehldau bluffe son monde avec un 'I am the Walrus" tout simplement cosmique. Le pianiste explore, étend et défriche l'univers mélodique de ce titre emblématique signé John Lennon, que leurs lointains descendants mancuniens d'Oasis reprenaient en live à leurs débuts pour finir leurs concerts sous un déluge psychédéliques de distorsion et de fureur. Le génie de Mehldau et de de réussir à enrichir les harmonies initiales à sa sauce et selon son savoir faire mais sans jamais dénaturer totalement l'intention initiale des compositeurs...

Tout sera excellent dans la prestation du new-yorkais, "I saw her standing there" très swing jazzy pour l'occasion, un 'For no One" à la beauté exquise et que dire du final "Golden slumbers" d'une dizaine de minutes qu'on aurait voulu ne jamais voir finir...

Une heure en apesanteur et plus d'une demi-heure de rappel sous l'ovation d'un public déchainé, qui fera revenir 7 fois l'artiste. Un Encore sous le prisme des contemporains des Fab Four avec, bien sur les Beach Boys et leur mythique God only Knows mais aussi quelques surprises comme cette reprise des Zombies et l'extase absolue avec "Life on Mars" de Bowie...

Un début de soirée divin qui nous aura revigoré! Un manque presque comblé, une joie rare si délicieuse... On aurait presque revé que le mauvais cauchemar des derniers mois s'était évaporé et que le retour dans les salles de spectacles était à portée de main... D'espoir las en dépression lancinante... Mais l'espoir de revivre de tels moments doit nous aider à braver la tempête... Merci Monsieur Mehldau...

dimanche 8 mars 2020

King Krule à l'Olympia (4/3/20)



King Krule vient de sortir son 3ième Album, Man Alive! et il était de passage à l'Olympia pour le présenter au public parisien...

Voilà encore un artiste que je voulais voir depuis un petit moment. Ca fait du bien de voir de nouvelles pousses encore jouer de la guitare, cet instrument désuet dont on annonce la mort depuis des décennies... Et c'est encore mieux lorsqu'ils réussissent à amener un vent de fraicheur dans le type de musique induit par ce bel instrument....

Archy Marshall a à peine 25 ans et donc déjà 3 disques sublimes à son actif! C'est difficile de décrire la musique de King Krule. On est proche du blues, dans cette manière d'exorciser son existence à travers un ensemble de notes binaires ou ternaires, du rock pour l'intensité du propos mais surtout d'une sorte de trip hop réinventé par l'atmosphère à la fois éthérée, sombre et expiatoire... On vendrait bien l'étiquette de Blues Trip Hop moderne pour parler de l'oeuvre de King Krule...



Dans un Olympia bondé et à la moyenne d'age très jeune, le groupe envoute et sert un set poignant et dévastateur. La voix d'outre tombe de Marshall, alternant éraillements qui vous prennent au tripes et des passages aériens, voir lumineux, est la grande force d'un groupe au diapason de son leader. Les scènettes jazzy succèdent aux envolées métalliques dépouillées qui vous saisissent d'un coup!

King Krule parvient à merveille à synthétiser, avec des guitares, la musique de son temps : anxiogène, belle, émouvante et incitant à une introspection tellement nécessaire...

A lire également King Krule dans notre TOP 10 2017.


dimanche 2 février 2020

En attendant Ana à la Boule Noire (1/2/20)


Soirée totalement différente de la précédente, puisqu' après SunnO))) on part à la Boule Noire pour la Release Party du second album du quintette indie pop parisien En Attendant Ana.

Ils ont signé sur le label indé de Chicago (ville chère à notre coeur) Trouble in Mind. Le meme qui avait sorti les premiers morceaux des Liminanas il y a plus de 10 ans après une écoute sur le défunt Myspace... Une belle histoire qui se répète pour nos frenchies...

Un début de concert tout en douceur et en nuance avec  l'envoutant "From my bruise to an Island" avant d'enchainer avec le déjà classique "Down the Hill", de la pop relevée pleine d'un enthousiasme communicatif. Et c'est bien ce qui plait chez EAA, le groupe donne tout avec candeur et  détermination. Un souffle rafraichissant sur la pop à guitares comme en témoigne les interventions à propos de la trompette  de Camille Fréchou qui éclaire les morceaux d'une lumière différente.



La leader du groupe, Margaux Bouchaudon a une vrai présence scénique, sa voix chaleureuse et intense envoute et sied parfaitement au propos des guitares virevoltantes et chaloupées façon indie pop des grandes heures de la fin des 80's début 90's. Soirée spéciale, puisqu'en plus d'etre la Release Party de l'album "Juillet" c'est aussi le dernier concert de leur bassiste, Antoine Vaugelade qui va etre remplacé par leur ingé son.

Au final, l'heure passée avec En Attendant Ana aura été formidable. Le groupe joue avec ferveur, voire meme avec ses tripes. On pense à Daughter ou Moslyve pour la beauté fragile ou à The Smiths pour cette façon de faire vivre ces mélodies pop tout près du coeur.

On ressort enthousiasmé et en se disant que le groupe a désormais tout ce qu'il faut pour faire une belle carrière (des classiques instantanés comme In/Out, Down the Hill, Do you understand) si ils réussissent à garder cette fraîcheur et cette vérité qui les rend aujourd'hui irrésistibles...

There is a light that never goes out, the light that slept inside...

A lire également En Attendant Ana dans notre TOP 10 2018

samedi 1 février 2020

Sunn O))) à la Gaité Lyrique (31/1/20)



Sunn O))) en concert, ca faisait des années que j'attendais celà... Absents des scènes parisiennes depuis 2012, le groupe de Drone Metal est enfin réapparu dans la capitale, et même pour une résidence de 3 jours à la Gaité Lyrique, dont 2 soirées consacrées à leur dernier album, Life Metal, enregistré et mixé à Electrical Audio Chicago par le maitre Steve Albini...

D'entrée de jeu on est avertit par une affiche à l'entrée de la salle : "le concert de ce soir est une écoute prolongée et immersive avec une intension artistique non violente et non aggressive qui joue sur des niveaux de pression sonore élevés...". On va donc vivre une expérience sensorielle peu banale...



Et c'est clairement le cas... Ce n'est pas fait pour toutes les oreilles, clairement on est loin de la pop et du divertissement. Il faut se laisser porter, se laisser transporter même. Expérience déconcertante au début, on finit par se laisser happer par la puissance des vibrations, la lenteur des envolées sonores, de ces harmonies qui s'entrechoquent dans le larsen prolongé de la distorsion... C'est beau, hypnotisant, étourdissant... On se perd, on voyage, on vit une expérience collective hallucinante...

C'est chamanique, quasi mystique... On ne voit pas le temps passé. On en  ressort enthousiasmé et fatigué tellement l'expérience fut intense... Une belle soirée dont on se souviendra longtemps...

A lire également, Sunn O))) dans notre TOP 2019