lundi 31 août 2026

The Cure, Nick Cave & the Bad Seeds, Deftones, Wilco, Black Keys, Slowdive, Bertrand Belin et Interpol à Rock en Seine 2026 (28-29-30/8/26) - Live Report

 


Après avoir pris l'eau en 2025 avec 40 000 spectateurs en moins, le festival Rock en Seine redresse la barre en 2026 avec 175 000 festivaliers sur 5 jours et un retour salutaire à une programmation Rock qui est l'ADN du festival francilien.

Pour cette édition 2026, les organisateurs ont changé de stratégie en sécurisant pour chaque journée une grosse tête d'affiche puis en composant autour une journée dans l'univers du Headliner. C'était flagrant en ce dernier dimanche avec la venue des mythiques The Cure. Sold out en 48h avec le seul nom annoncé de The Cure, un an avant l'évènement, les programmateurs ont tout de suite senti qu'ils avaient vu juste.

En invitant des groupes que Robert Smith apprécie, comme Slowdive (shoegaze) ou encore Mogwai (post rock) ou Interpol (post-punk), Rock en Seine a visé juste. Le concept étant vraiment de proposer au festivalier une journée dans l'univers de leur idole. Pour séduire la nouvelle génération notamment qui fonctionne à priori plus en gros concert solo qu'en expérience collective en festival...


The Cure fait partie des rares groupes intergénérationnels capables de séduire de 7 à 77 ans (comme consacré par la formule) à l'instar de AC/DC ou des Rolling Stones. C'est d'ailleurs fascinant de voir l'impact du groupe de Robert Smith sur la nouvelle génération (grâce au featuring dans des séries ou les réseaux sociaux comme Tik Tok...).

The Cure à Rock en Seine, c'était l'évènement que tout le monde attendait, la quasi totalité des heureux porteurs de billets étant venus pour eux, rien que pour eux ou presque. Le nombre de tee shirts de toutes époques, estampillés The Cure était impressionnant.

Pour couper court à tout suspense, oui le concert de The Cure était très bon, une prestation matrisée, intense mas remplie d'émotions, comme peu de groupes peuvent réussir à le faire devant autant de gens... Et c'est bien là le hic... Il y avait beaucoup trop de monde. Officiellement 40 000 personnes, comme vendredi pour Nick Cave, sauf que là la sensation était étouffante. Impossible d'accéder à la première partie de l'espace devant la grande scène 50 minutes avant. Ultra difficile dans ces conditions de trouver un spot pour bien voir (même voir quelque chose). Une foule ultra dense et compacte...


Franchement, il y avait beaucoup trop de monde. Ca dégrade forcément l'expérience et ce, encore une fois, malgré un très bon concert et un son excellent (le fameux système de diffusion de la grande scène de Rock en Seine). 

Depuis le rachat de Rock en Seine par Mathieu Pigasse en 2017 et donc la sortie du giron indépendant (on rappelle que Combat la holding qui possède Rock en Seine s'est associée avec le mastodonte des concerts AEG, concurrent principal de Live Nation), le festival a changé. Tout est plus commercial, le prix des places s'est envolé, les accès VIP ont pullulé et la capacité maximum est passée de 33 000 à 40 000 personnes sans que le site de la grande scène ne puisse être agrandi... 


33K à 40K, tout est dit... Sachant que les anciens propriétaires (François Missonnier, Christophe Davy et Salomon Hazot) avaient mis du temps à arriver à 33K... C'est tellement dommage que la quête de rentabilité se fasse au détriment de l'expérience des festivaliers... On avait déjà passé un coup de gueule en 2022 (voir le Live Report RES 2022) et là on ne peut que récidiver.

Et pourtant j'aime ce festival et j'y ai passé tellement de bons moments, j'en ai tellement de souvenirs mémorables... On me rétorquera que c'est le prix à payer pour voir The Cure, ou The Strokes à Rock en Seine... Oui mais au détriment de l'expérience des festivaliers?...

Après ce long préambule, revenons à cette musique qui nous fait tous vibrer et qui est l'essence même de ce blog. La setlist de The Cure à Rock en Seine était magistrale. Ca commence par le morceau d'ouverture du dernier album : Alone. Suffisamment solennel pour faire entrer le groupe en majesté avec un Robert Smith qui passe un long moment a venir saluer les spectateurs, comme pour les remercier d'être là. C'est émouvant dès le départ et ca lance le show... Que dire, que des classiques, Pictures of You, High, Lovesong, Burn (sur BO de la géniale compilation The Crow), Push, In between Days, Just like Heaven... 

Toutes ces chansons sont intemporelles. Tout le monde connait les paroles et se souvient de l'époque où il les écoutait... C'est beau... On aura droit au rare Three Imaginary Boys, à l'antique Secrets (17 seconds), Play for Today et le spectral A Forest sur lequel la foule devient dingue (c'était le morceau des Curistes de l'époque et c'est devenu le morceau de la Gen Z... Fascinant...).

Une fin de set royale avec le sonique From the Edge of the Deep Green Sea et Endsong (dernière chanson du dernière album)... Set parfait... Magistral... J'aurai moins aimé le rappel avec les tubes mais le bonheur est là, malgré les conditions dégradées...


Le Dimanche avait très bien commencé avec le set de Arthur Fu Bandini sur la scène Axs. Revendicatif mais futé son mélange de rock, d'electro et de Reggae est authentique. Bertrand Belin, fan de The Cure, aura embelli le début d'après-midi. Ce fils de Bashung (pour les textes surréalistes) est aussi quelqu'un d'authentique et touchant. Comme les anglais de Slowdive, que j'adore (voir TOP Concerts 2024 ou 2014), leur shoegaze atmosphériques, vaporeux et soniques nous enrobent d'une douce ferveur.

Interpol, sur la grande scène, confirme son retour en forme et nos chouchous de Mogwai ont assuré, comme d'habitude sur la scène de la Cascade (oui je préfère l'ancien nom au nouveau sponsorisé). Au milieu de cela la jolie découverte de Anna Von Hausswolff avec son drone gothique et puissant qui ose le saxophone.


Samedi, la tête d'affiche étant les Deftones, la prog est centrée autour des guitares, plutôt acérées et dures. On retiendra les prestations des marseillais de Dynamite Shakers, dont le rock en français, sort du lot. C'est péchu et mélodique, ca emporte tout son sur passage avec une jolie reprise des Rita Mitsouko (c'est comme ça). Ensuite le hardcore de High Vis (pour High Visibility) et le punk d'Amyl and the Sniffers auront lancé la soirée en forme de Cannonball jusqu'au show magistral des Deftones. On oubliera pas l'ovni de la soirée : la rencontre Gwendoline et Futur Composé (association mettant en avant des artistes avec un trouble autistique). C'était dans la veine de Gwendoline : décalé, sans fard et d'une belle honnêteté... 

Scénographie réussie, super son, la voix magnifique de puissance ou de retenue de Chino Moreno limpide et une setlist puisant dans toutes les époques. Les Deftones ont tenu leur rang de tête d'affiche et electrisé Rock en Seine.


La veille, le vendredi, c'était Nick Cave & The Bad Seeds qui avait la responsabilité de terminer cette journée, elle aussi sold out. Et ce fut la grand messe annoncée. J'adore Nick Cave et ce concert splendide, émouvant et puissant à la fois aura ravi la foule. Un vrai guru mais avec la bienveillance et la sincérité en étendard. 


Juste avant, nos héraults chicagoens de Wilco auront ravi nos coeurs avec un set court (1h) mais assez intense pour brasser l'essence meme du groupe, ce mélange d'americana, de folk mélés à des séquences soniques monumentales (l'arty Art of Almost, le solo de Impossible Germany) voire bruitistes (Via Chiacgo). Magistral.

On avait été lancés sur la route par les bons concerts de Wet Leg et des Black Keys...

Une belle édition malgré tout.

A lire également, Rock en Seine 2025, 2024, 2023 et le coup de gueule 2022.

Aussi The Cure à Bercy 2022, Nick Cave à Bercy 2024 et à Rock en Seine 2022. Interpol au Zenith 2011 (attention billet dur). Wilco à la Cigale, Wet Leg à l'Olympia. Mogwai à la Route du Rock

Pour aller plus loin dans l'univers MRM le label Mind Riot Music, l'insta MRM, Moslyve sonic pop band

jeudi 20 août 2026

Fontaines D.C., Mogwai, Aldous Harding, Ulrika Spacek, Lael Neale et Friko à la Route du Rock (14-15/8/26) - Live Report


 Le festival de la Route du Rock à Saint Malo reste toujours la valeur sûre pour tous les passionnés de musique à guitares. Plus petit des grands festivals (capacité maximum de 12 000 personnes) comme aiment à le rappeler les organisateurs, la Route du Rock a certainement trouvé sa formule gagnante en alliant découvertes, surprises et têtes d'affiche en exclusivité en France pour l'été.

L'année dernière, on se souvient du gros coup réalisé par le festival en bookant, en exclusivité, le seul concert en France de reformation pour les anglais de Pulp. Une soirée sold out et l'un des meilleurs concerts de notre année 2025 (#2 de notre Top 10 Concerts). Cette année, rebelote avec la venue en exclusivité des nouvelles stars du rock : les irlandais de Fontaines D.C.

Cette annonce a créé un engouement incroyable, la soirée du 15 août se retrouvant sold-out des mois avant la date fatidique. Et très clairement, la grande majorité des festivaliers était venue ce soir là pour les D.C. Il suffisait de voir le nombre de tee shirt à l'effigie du groupe : impressionnant... On se serait presque cru dans un stade de football vu les nombreux maillots brandés Fontaines D.C., prouvant que cet accessoire, autrefois haut symbole de ringardise, était devenu une tenue à la mode, symbole d'élégance... Comme quoi les temps changent et ce qui est honni un jour peut devenir célébré le lendemain.


La veille du D.C. Day, on avait pu voir Mogwai illuminer la soirée bretonne. On n'est rarement déçu avec les écossais et le son en plein air d'un festival ne fait qu'honorer leur musique sonique d'une puissance qui leur sied tellement. Le mur du son Mogwai se déploie et nous enveloppe totalement pour nous emmener dans ce voyage aux multiples couleurs qui nous ravit à chaque fois. On aura droit à une setlist balayant 30 ans de carrière avec notamment New Paths to Helicon Pt1 (une des chansons de notre saga Best Song Ever) ou Summer pour les débuts jusqu'au très réussi dernier effort en date avec Hi Chaos ou Fanzine made of Flesh.

Plus tot dans la journée on aura découvert sur la plage de Saint Malo les québécois de Bibi-Club et leur envoûtant mélange de post punk et de cold wave. Sur cette même plage, le lendemain ce sera au tour de Leal Neale de nous envoûter avec son indie pop lo fi au charme désuet.

Tout dans ce samedi 15 aout aura tourné autour du concert des Fontaines D.C. L'attente semble interminable pour une grande partie des festivaliers dont une large partie ne bougera plus de la grande scène à partir du concert de Aldous Harding à 19H30... Les irlandais n'étant attendu qu'à 23h45... Donc autant vous dire que trouver une place devant la scène juste avant leur concert relevait du défi impossible...


Aldous Harding aura donné un show très élégant, à son image, même si son univers intimiste s'expose moins naturellement en festival. Sur la scène des Remparts, abandonnée par les fans des D.C., on aura pu voir un enthousiasmant concert des anglais d'Ulrika Spacek dont le shoegaze alternant entre douceur et percussion nous enchante. Belle découverte également avec les chicagoens de Friko. Leur rock indé exalté nous aura ravi. Et leur reprise en rappel du Ceremony de Joy Division montre que ces jeunes ont du goût. 

Vient donc ensuite le clou du spectacle, que l'on verra de plus loin que d'habitude donc... C'est toujours délicat de voir un groupe que l'on suit depuis ses débuts (Dogrel en 2019) et dont on a aimé chaque évolution, devenir énorme, comme c'est le cas des Fontaines D.C. depuis le succès de Romance (4ieme LP sorti en 2024 et #1 de notre TOP Albums). C'est dur de voir un groupe nous échapper en devenant presque mainstream... 


Les D.C. sont au sommet en cet été caniculaire 2026 et la question est de savoir, désormais, combien de temps ils y resteront. Le buzz, ces quelques jours, de l'annonce de leur 5ieme LP, Dopamine Chamber, pour le 16 octobre 2026, ne fait que montrer qu'ils sont très attendus... Les nouveaux sauveurs du Rock... Une pression qu'il leur faudra maitriser faute d'implosion... Vont-ils reproduire la formule gagnante de Romance ou continuer à explorer? Les deux titres inédits joués à la Route du Rock : la balade Marianne et le très atmosphérique Six Shot Morning ne nous permettent pas de trancher à ce stade...

Le show des D.C. est plein de maitrise et ce qui impressionne, par rapport aux tournées précédentes, ce sont vraiment les jeux de lumière et toute la scénographie visuelle. Un vrai spectacle. La setlist pioche dans tous les albums, même si le second, A Hero's Death, l'un de mes préférés car peut etre le plus sombre, est moins représenté (le seul mais génial Televised Mind). 

C'est plein de maitrise et on sent que Grian Chatten endosse désormais complètement les habits de frontman de groupe de Rock populaire. Tout le monde sort content du concert, les Fontaines D.C. sont au top...

A lire également la Route du Rock 2025 avec Pulp et les éditions précédentes

Fontaines D.C. au Zenith ou en tête de notre TOP ALBUMS 2025.

Aldous Harding à la salle Pleyel, Mogwai à Fourviere, Ulrika Spacek à la Maroquinerie

Pour aller plus loin dans l'univers MRM le label Mind Riot Music, l'insta MRM, Moslyve sonic pop band

jeudi 13 août 2026

Darkside et Suuns au Théatre Antique de Fourvière (10/7/26) - Live Report


C'est toujours un immense plaisir de venir arpenter les vieilles pierres du Théatre Antique de Fourvière. Chaque année c'est un passage obligé et une vraie joie retrouvée. C'est certainement l'endroit que je préfère pour voir des concerts. Ce théatre gallo romain a une âme, le lieu est magnifique et l'acoustique y est parfaite...

La programmation est assez large et ouverte pour contenter tous les publics. La preuve avec cette soirée improbable avec nos hérauts préférés de la scène alternative avant-gardiste rock electro, les montréalais de Suuns et les américains de Darkside.

Je me répète, mais Suuns est pour moi l'un des groupes les plus interessants de ces 15 dernières années. Depuis leur premier LP, Zeroes QC en 2010, Suuns n'a eu de cesse d'explorer les marges du rock indé, de l'electro minimaliste, flirtant avec la techno et l'ambient. Et toujours avec des mélodies accrocheuses, des textes ethérés et saisissants et la voix si particulière de Ben Shemie pour guide.


A fourvière, Sunns délivre un set tendu à l'energie punk evidente. Il n'y a qu'à voir l'intensité d'un Powers of Ten déclamé férocément par Ben Shemie, qui en fera tomber son micro tellement il lui donnait des à-coup de la tête, une image saisissante. 

On aura droit à plusieurs inédits, très sombres et expérimentaux, ce qui laisse présager un prochain disque beaucoup moins lumineux que le plus récent, The Breaks. Et que dire des versions tonitruantes de 2020 et The Instrument, qui nous laissent encore aujourd'hui une trace vivace dans nos esprits.

Une groupe culte...

La fosse s'est remplie au fur et à mesure du set de Suuns, mais très clairement, une grande majorité des spectateurs était venue pour voir Darkside. J'avais adoré leur premier album Psychic, dont le mélange d'électro minimaliste, de techno épurée et de blues en faisait un grand album moderne. Le tardif successeur, Spiral en 2021 m'avait beaucoup moins marqué.


C'est pour cela que j'ai été très agréablement surpris d'être littéralement transporté par le show Darkside, 12 ans après un Olympia dantesque. Ils me font penser à une sorte de Pink Floyd moderne en mélangeant avec brio guitares bluesy et sons synthétiques puissants. La différence principale résidant dans le fait que la musique de Darkside est une musique qui se veut dansante.

Et forcément, les deux morceaux phares de Psychic que sont Golden Arrow et Paper Trails nous auront transporté très loin dans des contrées planantes ou la musique prend toute son importance et révèle son entière nécessité.

Une soirée divine.

A lire également Sunns à Rock en Seine ou au Trabendo et Darkside à l'Olympia...  

Pour aller plus loin dans l'univers MRM le label Mind Riot Music, l'insta MRM, Moslyve sonic pop band