samedi 23 mai 2026

Kamaal Williams au New Morning (19/5/26)


On fête cette année le 10ième anniversaire de Black Focus, l'album séminal de Yussef Kamaal, le duo formé à l'époque du clavièriste Kamaal Williams et du prodige Yussef Dayes à la batterie. Ce disque angulaire, qu'il faut absolument posséder en vinyle dans sa discothèque, a été l'étincelle qui cristallisa l'émergence de la nouvelle scène Jazz UK.

Dans leur sillon, des artistes ou groupes anglais comme Shabaka Hutchings, Nubya Garcia, Ezra Collective ou Kokoroko ont apporté une vitalité nouvelle au mouvement en mélangeant jazz, hip hop, trip hop, afrobeat, electro et bien sûr l'acid jazz mythique des 90s. Une belle porte d'entrée de cette scène, outre Black Focus, reste la compilation We out There sous la coupe de Shabaka Hutchings, personnage incontournable du mouvement.

C'est donc avec délectation, que je me rends au New Morning, pour enfin voir Kamaal Williams sur scène dans cet antre parisien du jazz (qui fut aussi le lieu privilégié par Prince pour ses after shows parisiens jusqu'à l'aube devenus légendaires...).


Contre toute attente, l'audience est plutôt jeune. C'est marrant de voir que ce mouvement attire plus les jeunes que les concerts de Rock... Kamaal Williams, hoodie noir et capuche vissée sur la tête (durant tout le concert) entame la soirée avec un duo avec le batteur David Collum II, originaire de Chicago. 

Ca commence doucement avec des nappes de synthés aériennes et une batterie tout en finesse, David effleurant les cymbales pour apporter une résonance tout en nuances et au diapason des intentions du pianiste. Mais d'un coup, Williams entame des accords saccadés, façon acid jazz pour lancer David Collum II  dans un déferlement tonique et enthousiasmant se rapprochant de l'état de transe.

Et c'est bien toute la magie de cette musique, de nous faire passer par des phases de douceur absolue, de contemplations, à d'autres frénétiques, dansantes et hypnotiques. Sur scène, le bassiste anglais Stuart Zender rejoint la troupe, ainsi qu'un saxophoniste de haut vol. Les ébats sont lancés et durant presque une heure et demie on naviguera entre free jazz, dance, transe, acid house, bossa nova (2 reprises avec au chant un DJ brésilien et un guitariste français). Un voyage épique et rempli de bonnes ondes...

David Collum II est très clairement impressionnant à la batterie. Dans la lignée des grandes références en la matière... Assurément. Entre free jazz et afro beat, un groove fantastique...

Une soirée euphorisante... A lire également Nubya Garcia et Sons of Kemet (Shabaka Hutchings) au Bataclan.

mercredi 6 mai 2026

The Sophs à la Maroquinerie (4/5/26)


La nouvelle sensation rock, The Sophs, était de passage à la Maroquinerie en ce début mai et c'était, évidemment l'évènement du printemps parisien que l'on ne pouvait manquer sous aucun prétexte...

The Sophs a été signé sur le mythique label londonien Rough Trade par le boss Geoff Travis lui-même sur la foi d'une démo 5 titres selon la légende écrite. C'est un détail important, car la dernière fois que Travis a signé un groupe américain après avoir écouté une démo c'était The Strokes... Il y a 25 ans ce fut l'étincelle qui engendra le retour du rock de début de millénaire (The Strokes, The White Stripes, Interpol, The Libertines... etc) (lire à ce sujet le Retour du Rock dans les années 2000).


De là à penser que The Sophs sont les nouveaux élus il n'y a qu'un pas. Il y aurait, dans l'air du temps, à bas bruit, une sourde comptine, qui annonce le enième retour du Rock (la hype Geese, les propos récents de Charli XCX...)... Pour sauver le monde, bien sûr. Remarquez, il en a bien besoin... et nous aussi...

C'est certainement mettre une sacrée pression sur les épaules de ce jeune sextet de Los Angeles mais la vérité est qu'ils s'en foutent grave et qu'ils assurent carrément.

Leur premier album, Goldstar, sorti il y a quelques semaines ne contient presque que des tubes. Il s'écoute en boucle, les mélodies sont accrocheuses, la voix versatile du chanteur Ethan Ramone fait mouche et communique émotions et énergie emballante, les chansons sont variées et passionnantes. Rock indé en contraste couplet/refrain à la Pixies, powerpop sucrée à la Weezer, chansons cabotines à la Strokes et Libertines, un intermède folklorique façon Balkan ou Grèce selon, tout y est... L'album de l'année déjà?


Sur scène, c'est incandescent dès le départ. On est scotché par l'énergie, l'envie et la joie que ces 6 musiciens transportent dans leurs bagages. Ils ont déjà tout. Le monde leur tend les bras...

Ca commence comme sur le disque avec l'inquiétant The dog dies in the end et ses paroles de pensées pas très avouables et ca enchaine avec les hits Goldstar, Blitzed again, House. La salle est déjà conquise. Intelligemment, The Sophs enchainent quelques titres punk, histoire de montrer qu'ils sont aussi capables de faire du bruit et de lacher les chevaux.


Puis retour aux hits rock avec I'm your fiend, Sweetipie, Sweat notamment... La fin du concert se fait dans une énergie débridée avec un public en transe et tellement heureux d'être là et de voir sur scène un groupe Rock qui apporte joie, énergie cathartique et don de soi... Ca fait tellement de bien en ces jours étranges...

Maintenant, je dirai que le plus dur reste à faire pour The Sophs. La question sera de savoir si, à l'instar de Interpol, The Strokes ou encore Weezer, The Sophs aura signé son chef d'oeuvre dès son 1er album, essayant ensuite maladroitement de faire mieux ou est ce le début d'une aventure sonique passionnante?

A lire également le retour du Rock dans les années 2000, The Strokes, Interpol, Weezer, The Libertines