C'est la nouvelle sensation de la scène rock indé, les new yorkais de Geese débutent la tournée européenne de leur 3ieme LP, Getting Killed, en France. La date à la Cigale a été sold out en quelques jours et le groupe s'est permis d'ajouter une date, la veille, au Bataclan, à la capacité presque doublée par rapport à la salle de Pigalle. Bien évidemment, les billets pour le Bataclan se sont vendus très rapidement.
On a découvert ce très jeune combo à la Route du Rock en 2022, au moment de la sortie de leur premier album, Projector, et on n'avait déjà pu apprécier l'énergie vitale et cette sensation d'urgence que le groupe projetait. Et avec son second LP, 3D Country, Geese nous avait époustouflé en live à la Maroquinerie un soir de septembre 2023.
Très clairement, Geese se positionnait déjà alors comme un groupe à suivre dont la fougue et les fulgurances nous emplissaient d'une joie et d'une énergie rare. Le chaos organisé parcouru par une sorte de lâcher-prise jubilatoire dont la bouée de sauvetage était la mélodie vocale lorgnant vers des versants pop noire, était édifiant. Un groupe déjà essentiel mais encore assez confidentiel (la Maroquinerie a une capacité de 500 personnes).
Avec Getting Killed, Geese est devenu ultra hype. Il n'y a qu'à voir le nombre de stories et post sur les réseaux suite aux deux concerts parisiens pour s'en rendre compte. C'est assez déstabilisant lorsque l'on suit le groupe depuis ses débuts. Ce n'est pas que Getting Killed ne soit pas un très bon disque, mais on préférait la folie et l'urgence de 3D Country, d'où une certaine stupéfaction autour de la hype soudaine du groupe.
C'est certainement toujours la même histoire lorsqu'un groupe confidentiel que vous aimez devient à un moment donné très populaire, vous avez un peu l'impression de perdre ce lien fort que vous partagiez avec beaucoup moins de monde que maintenant. Eternelle rengaine...
On parle du groupe de la génération Z et c'est vrai qu'à la Cigale, il y a beaucoup plus de vingtenaires que de vieux rockeurs alors qu'à Paris c'est au mieux du 50/50 pour les concerts de Rock, voir souvent un rapport de force largement favorable aux anciens (dont je fais partie). Ainsi va le Rock, qui est devenu le nouveau jazz, non pas pour ses qualités musicales intrinsèques, mais du point de vue du segment de marché, cher aux distributeurs de musique (il ne faut pas oublier que tout ceci est une industrie).
Mais Geese est certainement plus que celà. Le premier album solo de Cameron Winter a été encensé par la critique et même adoubé par Nick Cave himself, ce qui n'est pas rien (surtout en ces pages). Si on en croit la revue Magic, la génération Z a connu le groupe via l'album solo de leur leader. CQFD...
A la Cigale, Geese jouera les 11 titres de Getting Killed et 3 titres, seulement, de 3D Country. Indéniablement le groupe est très bon et littéralement porté par la voix de Cameron Winter qui semble imperturbable. C'est comme si toute cette frénésie lui coulait dessus... Un très bon concert mais on regrette la folie de la Maroquinerie. C'est toujours un peu chaotique mais ca semble plus maitrisé... Et donc bizarrement ca parait moins risqué, ce qui pourrait semblé exagéré pour tout nouvel auditeur tant Getting Killed n'est pas un disque qui s'appréhende facilement, il demande du temps, ce qui n'est pas exactement l'apanage de notre modernité.
Paradoxe interessant et troublant. Comme l'est cette époque...
A lire également Geese à la Maroquinerie et à la Route du Rock
