mardi 20 octobre 2020

Brad Mehldau à la Philharmonie de Paris (20/9/20)


C'était il y a un mois déjà, c'était une renaissance, c'était une délivrance, c'était le 1er concert auquel j'assistais depuis celui d'Alcest le 7 mars, 8 jours avant le report du concert d'Eiffel, quelques jours avant... 

Brad Mehldau en solo piano dans ce parfait écrin acoustique de la Philharmonie de Paris, piochant dans le fabuleux répertoire des Beatles, quoi de plus remarquable pour retrouver le gout, l'odeur, les sensations d'un concert après 6 mois d'abstinence forcée, de renoncement subi, de petite mort surnoise... 

Cette heure et demie, en présence d'un artiste aussi heureux de jouer que le public de l'écouter, fut une bénédiction. Quel plaisir de retrouver ces sensations, ces émotions collectives, cet échange d'energie entre un musicien et son public, que seul un concert peut procurer. Quelle renaissance, quelle joie de se retrouver, quelle incroyable sensation oubliée que de tout simplement frapper dans ses mains, de toutes ses forces, à en sentir vibrer tout son corps et tout son etre... Une cure de jouvence, une ode à la vie, une ode à la poésie!!!

D'entrée de jeu Brad Mehldau bluffe son monde avec un 'I am the Walrus" tout simplement cosmique. Le pianiste explore, étend et défriche l'univers mélodique de ce titre emblématique signé John Lennon, que leurs lointains descendants mancuniens d'Oasis reprenaient en live à leurs débuts pour finir leurs concerts sous un déluge psychédéliques de distorsion et de fureur. Le génie de Mehldau et de de réussir à enrichir les harmonies initiales à sa sauce et selon son savoir faire mais sans jamais dénaturer totalement l'intention initiale des compositeurs...

Tout sera excellent dans la prestation du new-yorkais, "I saw her standing there" très swing jazzy pour l'occasion, un 'For no One" à la beauté exquise et que dire du final "Golden slumbers" d'une dizaine de minutes qu'on aurait voulu ne jamais voir finir...

Une heure en apesanteur et plus d'une demi-heure de rappel sous l'ovation d'un public déchainé, qui fera revenir 7 fois l'artiste. Un Encore sous le prisme des contemporains des Fab Four avec, bien sur les Beach Boys et leur mythique God only Knows mais aussi quelques surprises comme cette reprise des Zombies et l'extase absolue avec "Life on Mars" de Bowie...

Un début de soirée divin qui nous aura revigoré! Un manque presque comblé, une joie rare si délicieuse... On aurait presque revé que le mauvais cauchemar des derniers mois s'était évaporé et que le retour dans les salles de spectacles était à portée de main... D'espoir las en dépression lancinante... Mais l'espoir de revivre de tels moments doit nous aider à braver la tempête... Merci Monsieur Mehldau...

dimanche 8 mars 2020

King Krule à l'Olympia (4/3/20)



King Krule vient de sortir son 3ième Album, Man Alive! et il était de passage à l'Olympia pour le présenter au public parisien...

Voilà encore un artiste que je voulais voir depuis un petit moment. Ca fait du bien de voir de nouvelles pousses encore jouer de la guitare, cet instrument désuet dont on annonce la mort depuis des décennies... Et c'est encore mieux lorsqu'ils réussissent à amener un vent de fraicheur dans le type de musique induit par ce bel instrument....

Archy Marshall a à peine 25 ans et donc déjà 3 disques sublimes à son actif! C'est difficile de décrire la musique de King Krule. On est proche du blues, dans cette manière d'exorciser son existence à travers un ensemble de notes binaires ou ternaires, du rock pour l'intensité du propos mais surtout d'une sorte de trip hop réinventé par l'atmosphère à la fois éthérée, sombre et expiatoire... On vendrait bien l'étiquette de Blues Trip Hop moderne pour parler de l'oeuvre de King Krule...



Dans un Olympia bondé et à la moyenne d'age très jeune, le groupe envoute et sert un set poignant et dévastateur. La voix d'outre tombe de Marshall, alternant éraillements qui vous prennent au tripes et des passages aériens, voir lumineux, est la grande force d'un groupe au diapason de son leader. Les scènettes jazzy succèdent aux envolées métalliques dépouillées qui vous saisissent d'un coup!

King Krule parvient à merveille à synthétiser, avec des guitares, la musique de son temps : anxiogène, belle, émouvante et incitant à une introspection tellement nécessaire...

A lire également King Krule dans notre TOP 10 2017.


dimanche 2 février 2020

En attendant Ana à la Boule Noire (1/2/20)


Soirée totalement différente de la précédente, puisqu' après SunnO))) on part à la Boule Noire pour la Release Party du second album du quintette indie pop parisien En Attendant Ana.

Ils ont signé sur le label indé de Chicago (ville chère à notre coeur) Trouble in Mind. Le meme qui avait sorti les premiers morceaux des Liminanas il y a plus de 10 ans après une écoute sur le défunt Myspace... Une belle histoire qui se répète pour nos frenchies...

Un début de concert tout en douceur et en nuance avec  l'envoutant "From my bruise to an Island" avant d'enchainer avec le déjà classique "Down the Hill", de la pop relevée pleine d'un enthousiasme communicatif. Et c'est bien ce qui plait chez EAA, le groupe donne tout avec candeur et  détermination. Un souffle rafraichissant sur la pop à guitares comme en témoigne les interventions à propos de la trompette  de Camille Fréchou qui éclaire les morceaux d'une lumière différente.



La leader du groupe, Margaux Bouchaudon a une vrai présence scénique, sa voix chaleureuse et intense envoute et sied parfaitement au propos des guitares virevoltantes et chaloupées façon indie pop des grandes heures de la fin des 80's début 90's. Soirée spéciale, puisqu'en plus d'etre la Release Party de l'album "Juillet" c'est aussi le dernier concert de leur bassiste, Antoine Vaugelade qui va etre remplacé par leur ingé son.

Au final, l'heure passée avec En Attendant Ana aura été formidable. Le groupe joue avec ferveur, voire meme avec ses tripes. On pense à Daughter ou Moslyve pour la beauté fragile ou à The Smiths pour cette façon de faire vivre ces mélodies pop tout près du coeur.

On ressort enthousiasmé et en se disant que le groupe a désormais tout ce qu'il faut pour faire une belle carrière (des classiques instantanés comme In/Out, Down the Hill, Do you understand) si ils réussissent à garder cette fraîcheur et cette vérité qui les rend aujourd'hui irrésistibles...

There is a light that never goes out, the light that slept inside...

A lire également En Attendant Ana dans notre TOP 10 2018

samedi 1 février 2020

Sunn O))) à la Gaité Lyrique (31/1/20)



Sunn O))) en concert, ca faisait des années que j'attendais celà... Absents des scènes parisiennes depuis 2012, le groupe de Drone Metal est enfin réapparu dans la capitale, et même pour une résidence de 3 jours à la Gaité Lyrique, dont 2 soirées consacrées à leur dernier album, Life Metal, enregistré et mixé à Electrical Audio Chicago par le maitre Steve Albini...

D'entrée de jeu on est avertit par une affiche à l'entrée de la salle : "le concert de ce soir est une écoute prolongée et immersive avec une intension artistique non violente et non aggressive qui joue sur des niveaux de pression sonore élevés...". On va donc vivre une expérience sensorielle peu banale...



Et c'est clairement le cas... Ce n'est pas fait pour toutes les oreilles, clairement on est loin de la pop et du divertissement. Il faut se laisser porter, se laisser transporter même. Expérience déconcertante au début, on finit par se laisser happer par la puissance des vibrations, la lenteur des envolées sonores, de ces harmonies qui s'entrechoquent dans le larsen prolongé de la distorsion... C'est beau, hypnotisant, étourdissant... On se perd, on voyage, on vit une expérience collective hallucinante...

C'est chamanique, quasi mystique... On ne voit pas le temps passé. On en  ressort enthousiasmé et fatigué tellement l'expérience fut intense... Une belle soirée dont on se souviendra longtemps...

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